Tchitchao-Wayo : Exhortation de Mgr Jacques LONGA au Pèlerinage des adultes au pied de notre Dame de l’Eglise

Bien-aimés dans le Seigneur,
En cette année 2026, centenaire de l’arrivée des premiers missionnaires SMA à Tchitchao, notre diocèse est dans la 32e année de son existence. 32 ans c’est peu de choses en relation à l’éternité. Cependant « pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. » 2 Pi 3,8). Ainsi, en tant qu’Eglise, le diocèse de Kara plonge ses racines dans l’histoire du peuple d’Israël, peuple élu. Parlant de ce peuple, et donc de ses frères et sœurs, S. Paul écrit : « ils ont l’adoption, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses de Dieu ; ils ont les patriarches, et c’est de leur race que le Christ est né, lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni pour les siècles. Amen ». Ainsi histoire du diocèse de Kara est celle de l’Eglise, Eglise voulue et fondée par Jésus Christ, au prix de son sang. « Tu es digne, Christ et Seigneur, de prendre le Livre et d’en ouvrir les sceaux. Car tu fus immolé, rachetant pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute tribu, langue, peuple et nation. Tu as fait de nous, pour notre Dieu, un royaume et des prêtres, et nous régnerons sur la terre. » (Ap 5, 9).
Bien-aimés dans le Seigneur,
En 2033 Eglise célébrera le bimillénaire de la mort et de la résurrection de Jésus. Comme diocèse nous sommes petits mais portés par deux mille (2000 ) ans d’histoire, deux mille (2000) ans d’expérience de foi. Nous sommes indignes mais descendants de dignes serviteurs du Christ et de son Eglise.
Parmi ces dignes serviteurs de Dieu et de son Eglise, tout près de nous dans l’histoire, vraiment tout près de nous, il y a Mgr Ernest ASSIH, premier Evêque de Kara et Mgr Ignace SAMBAR-TALKENA 2e Evêque de ce même diocèse. Tous deux (2) nous sont des modèles.
Ernest ASSIH, 1994–1996, soit deux (2) ans à peine d’épiscopat. Le temps fut bref, très bref. Mais, dans sa providence, Dieu nous donne de voir dans cette brièveté, l’ardeur de Mgr Ernest. Ecce Nova, telle fut sa devise. Elle est tirée du livre de l’apocalypse de S. Jean : « Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : ‘’Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. ‘’Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé.’’ Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : ‘’Voici que je fais toutes choses nouvelles. ‘’Et il dit : ‘’Écris, car ces paroles sont dignes de foi et vraies.’’» (Ap 21, 3–5).
Ecce nova, par sa devise Mgr Ernest ASSIH, exprimait, à sa manière, ce que s. Paul dit « l’amour du Christ nous presse quand nous pensons qu’un seul est mort est pour tous » (2 Co 5, 14). Ecce nova, Ernest ASSIH se situait à la fin de l’histoire de l’humanité et de l’Eglise où tout serait arrivé à son accomplissement. Personnellement Mgr Ernest ASSI m’a laissé l’image d’une personne qui voyait LOIN.
Deo providente, Au Dieu provident. Par ce choix, Mgr Ignace remettait le diocèse à Dieu qui conduit l’histoire des hommes et de l’univers par les chemins qui lui sont connues. De cette manière il s’en remettait lui-même à Dieu qui jamais ne se trompe en ses desseins. Mgr Ignace fut une personne qui vivait dans une sorte de dialogue permanent avec Celui qui l’habitait et l’animait. C’est ce qui, probablement, explique son silence et le fait qu’il parlait peu. Ce n’était pas un bavard. « Le sage sait ce qu’il dit. Mais le fou, l’insensé dit ce qu’il sait ».
Avec Ernest ASSIH apprenons à voir plus loin que nous-mêmes. Entrons dans le grand projet de Dieu qui veut avec nous, en nous, à travers nous et pour nous, faire toutes choses nouvelles : Ecce nova. En réalité la foi nous fait et devrait nous faire voir l’Eglise, le monde et les choses comme Dieu les voit. Croire c’est avoir les yeux et les oreilles de Dieu. Le regard surnaturel qui doit être le nôtre est celui que Dieu porte sur nous et sur le monde. La foi dilate et doit dilater nos cœurs et nos projets jusqu’aux dimensions de Dieu et de l’éternité. N’ayons pas de vues courtes et obtuses. Nous sommes faits pour l’éternité. Nos choix, aussi minimes, négligeables soient-ils, doivent tenir compte de cela. Voici que je fais toutes choses nouvelles.
Au Dieu provident ! Avec Mgr Ignace et à sa suite, vous et moi nous avons besoin de découvrir ou de redécouvrir Dieu qui est Providence. Remettant tout et nous-mêmes entre les mains de Dieu, nous nous laisserons conduire en toute chose et partout par la main de Dieu, car, nous dit Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, « confiance, c’est la main de Jésus qui conduit tout ». Ainsi abandonnés à Dieu, totalement, définitivement et entièrement, nous saurons vivre dans une sorte de conversation et contemplation continuelles avec Dieu dans notre cœur.
Bien-aimés dans le Seigneur,
Le temps de carême est justement un appel à entrer dans le renouveau de Dieu. « Efforçons-nous de connaître le Seigneur : son lever est aussi sûr que l’aurore ; il nous viendra comme la pluie, l’ondée qui arrose la terre. » Décidons-nous vraiment à entrer dans la nouveauté de Dieu. Le Seigneur, « Jésus Christ, hier et aujourd’hui, est le même, il l’est pour l’éternité. » (He 13, 8). C’est de Lui, Jésus que parle S. Pierre dans sa première lettre : « C’est pour nous que le Christ a souffert ; il nous a marqué le chemin pour que nous allions sur ses traces. Il n’a pas commis le péché ; dans sa bouche, on n’a pu trouver de mensonge. Insulté, sans rendre l’insulte, maltraité, sans proférer de menace, il s’en remettait à Celui qui juge avec justice. C’était nos péchés qu’il portait, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice.» (1P 2, 21–24).
Chers amis, Par le jeûne, la prière et la partage auxquels nous sommes appelés en ce temps de carême, en réalité l’Église nous invite à élever nos vies nos cœurs et nos âmes vers Dieu et les choses d’en-haut, les choses qui demeurent quand on a tout perdu, des réalités impérissables, immuables. En jeûnant et en faisant pénitence non redécouvrons mieux Celui qui nous habite et nous sommes ramenés à la contemplation de son visage en nous, lui en qui nous avons la vie, le mouvement et l’être. « Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. »
Brisons notre cœur en ce temps de carême. Ce cœur endurci et encombré par des choses qui ne sont pas Dieu ; des choses qui nous avilissent, nous éloignent de Dieu et de nos frères et sœurs. Nous avons besoin de réentendre Dieu nous parler en nous-mêmes.
Merci à vous tous chers adultes et éducateurs d’être les premiers à donner l’exemple de renouveau spirituel qu’exige de nous, non seulement ce temps de carême mais le cheminement spirituel lui-même. Car le vrai cheminement d’un chrétien est un cheminement spirituel de conversion et de sainteté. C’est pourquoi Dieu à travers le prophète Osée s’adresse à son peuple et donc à nous en disant : « Votre fidélité, une brume du matin, une rosée d’aurore qui s’en va. Voilà pourquoi j’ai frappé par mes prophètes, donné la mort par les paroles de ma bouche : mon jugement jaillit comme la lumière. Je veux la fidélité, non le sacrifice, la connaissance de Dieu plus que les holocaustes.»
C’est une invitation à être fidèle à Dieu quoiqu’il arrive. A travers ombres et lumières, à coup des hauts et des bas, il faut persévérer jusqu’au bout. En tant qu’adultes, éducateurs, donnons cet exemple aux plus jeunes aussi bien par les paroles, les conseils que les actions.
Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père et le Fils et le Saint Esprit. Amen.
Seigneur donne-leur le repos éternel et que brille à leurs yeux la lumière sans déclin. Qu’ils reposent en paix. Amen.
ENSEMBLE POUR LE CHRIST. ENSEMBLE POUR NOTRE DIOCESE.
+Jacques Dans LONGA
Evêque de Kara
