Niamtougou : Les Sœurs de Saint François d’Assise en chapitre des nattes sous le souffle de l’Esprit Saint
Depuis le samedi 23 mai 2026, Niamtougou accueille le chapitre des nattes de l’Institut des Sœurs de Saint François d’Assise, région Afrique. Un rendez-vous spirituel et fraternel qui a rassemblé de nombreuses religieuses d’Afrique et de France autour de la prière, du partage et du renouveau franciscain en deux endroit précise : Niamtougou et à Onsay
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la célébration des 800 ans de l’entrée dans la vie éternelle de Saint François d’Assise ainsi que des 20 ans de fusion des communautés franciscaines. Pendant plusieurs jours, les participantes ont approfondi l’héritage spirituel du saint d’Assise à travers des conférences, des temps d’adoration et de prière, des célébrations eucharistiques et des échanges fraternels.
Parmi les moments forts de ce rassemblement figurent la conférence sur la vie et la mort de Saint François, animée par le frère Jean-Baptiste, franciscain OFM, ainsi qu’une présentation en visioconférence sur la démarche de transformation de l’Institut, en communion avec les autres communautés de sœurs à travers le monde.
Revenant sur le sens du chapitre des nattes, la Sœur Véronique Doulé, supérieure régionale, a rappelé son origine historique. Selon elle, ce chapitre fait mémoire des assemblées franciscaines tenues entre 1217 et 1221 à Sainte-Marie-des-Anges sous l’impulsion de Saint François d’Assise. À l’époque, plus de 5 000 frères s’étaient réunis et, faute de place, beaucoup dormaient sur des nattes de paille, donnant ainsi naissance à l’appellation « chapitre des nattes ».
Pour la supérieure régionale, l’objectif de cette rencontre demeure le même aujourd’hui : rassembler le plus grand nombre de sœurs afin de vivre un temps de fraternité, de convivialité, d’échange et de prière dans l’esprit de Saint François.
Placée sous le souffle de l’Esprit Saint, cette édition 2026 du chapitre des nattes a réuni près de 130 religieuses venues de France et d’Afrique. Les travaux ont pris fin ce lundi 25 mai, lundi de Pentecôte, dans une atmosphère d’action de grâce et de communion fraternelle.
Voici l’intégralité de l’homélie de Monseigneur,
Lundi 25 mai 2026 : Homélie à la messe de clôture du chapitre des nattes des Soeurs de S. François d’Assise
Bien-aimés dans le Seigneur
Je rends grâce à Dieu qui nous donne de vivre cette messe en cette fête de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise. Je m’unis à vous dans la gratitude, la reconnaissance et l’action de grâce qui montent de vos cœurs pour ce qu’ont été ces jours de célébration du chapitre des nattes. Chapitre des nattes, cette appellation, comme vous le savez, renvoie à toute l’histoire des fils et filles de ce grand saint, François d’Assise. En effet, l’histoire nous dit qu’en 1221 « Saint François d’Assise a réuni plus de 5 000, frères près de la Portioncule pour un chapitre général. Faute de lits et de places pour accueillir tant de monde, les frères ont dormi sur des nattes apportées par les habitants d’Assise. C’est un symbole fort de pauvreté, d’itinérance et de dépouillement.[1]» Déjà en 1221, François d’Assise avait autour de lui, se réclamant de lui, de sa manière de vivre l’Evangile, de son témoignage plus de 5000 frères. Quelle fécondité spirituelle, fulgurante, rapide ! Qu’est-ce qui explique cela ?
Oui, le jour où François d’Assise, devant son Evêque, renonçait à son père naturel, terrestre et choisissait de servir Dieu, qui aurait imaginé ce qu’est devenu aujourd’hui sa postérité spirituelle ? Par exemple, les capucins, l’ordre des frères mineurs, les conventuels, les sœurs de S. François d’Assise que vous êtes. Qu’est-ce qui explique cela ?
Eh bien ! L’une des explications c’est le dépouillement total de François. En effet, en 1206 François d’Assise renonça publiquement à son père Pietro Bernardone en se dépouillant de tous ses biens et même de ses vêtements devant l’évêque Guido. Ce geste radical marqua sa rupture définitive avec sa famille et son choix d’une vie de pauvreté totale au service de Dieu. C’est cela qui, explique la fécondité et paternité spirituelles extraordinaires de François d’Assise : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : “Jésus Christ est Seigneur” à la gloire de Dieu le Père. »
Bien-aimés dans le Seigneur
Dieu parle. Il parle toujours et cela de plusieurs manières. Si ce que Dieu dit à l’homme est toujours clair, ce n’est pas toujours que l’homme comprend clairement et tout de suite ce que Dieu dit. Ainsi au cours de ces jours de grâce, Dieu a parlé clairement pour vous orienter, vous encourager, vous transformer et former, vous renouveler, vous transfigurer. Les fruits cependant de tout cela ne se feront voir, cueillir et recueillir qu’au fil des jours, des mois, des années, cela dans la vie et l’histoire de chacune d’entre vous SDF, mais aussi dans la vie et l’histoire de votre institut, de vos communautés ; cela, évidemment à travers le quotidien mais aussi les orientations et décisions des supérieurs. Il faut donc être dans une attitude permanente d’écoute, de disponibilité et d’obéissance. Voilà pourquoi il faut redécouvrir la petitesse car, disait un évêque, « la petitesse attire Dieu. Elle attire le regard du ciel. La petitesse renvoie au besoin de grandir, à la soif de croissance. Elle ouvre la voie à l’accueil, à l’écoute et à la disponibilité.[2]»
La bienheureuse Vierge Marie, que l’Eglise célèbre en ce lundi de Pentecôte sous le vocable de Mère de l’Eglise est un exemple éloquent pour nous. « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Il renverse les puissants de leurs trônes il élève les humbles ». (Cf. Lc 1, 46–55)
Après avoir accueilli la volonté de Dieu sur elle ; après avoir accueilli le Verbe de Dieu dans son sein, la voilà qui, chez Elisabeth, chante son cantique d’action de grâce et de louange. A l’annonce de l’ange, Marie répond me voici. A la salutation d’Elisabeth, la désormais Mère de Jésus, répond « mon âme exalte le Seigneur ». Ce faisant elle renvoie tout à Dieu, tout ce qu’elle est, tout ce qu’elle devient.
« En ce temps-là, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. » De l’annonce de l’ange à la croix en passant par sa visite à Elisabeth, Marie reste fidèle à son Oui initial, un oui qui est marche fidèle avec amour et dépouillement de soi, de sa propre volonté à la suite de Jésus à qui elle reste uni dans l’obéissance à son Père qui l’a envoyé.
« Père l’heure est venue glorifie ton Fils afin que ton fils te glorifie. » (Jn 17, 1). Cette heure n’est pas seulement celle de Jésus mais aussi celle de Marie. Car, à la CROIX, c’est pour Marie l’heure du grand dépouillement, grand dans le sens où le dépouillement de Marie atteint son sommet : au pied de la croix, Jésus son unique richesse, sa seule raison de vie et de vivre lui est enlevé dans la mort.
« Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : ‘’Femme, voici ton fils.’’ Puis il dit au disciple : ‘’Voici ta mère.’’ Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. » Désormais tout disciple de Jésus devient fils ou fille de Marie. Et Marie est appelée à prendre soin de tout disciple de Dieu. Du dépouillement complet, total jaillit la maternité, la fécondité innombrable de Marie. Avec Dieu et pour Dieu le dépouillement total devient source de fécondité multiforme. « Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jn 12, 24).
Avec la mort de Jésus sur la croix s’ouvre pour l’humanité une nouvelle ère dans ses relations avec Dieu. A la croix le Fils et la Mère consomme leur OUI au Père. La croix, expression du don total de Jésus à Dieu son Père pour les hommes est aussi pour Marie le lieu où sa pauvreté à la fois spirituelle, réelle et effective atteint son sommet. De ce sommet jaillit la lumière de la résurrection. Dans le régime de la foi, nulle fécondité sans le dépouillement de soi. A la mesure de l’esprit de pauvreté et de pauvreté effective, se conjugue la fécondité et la sainteté de tout disciple du Christ, que cette personne soit laïque, consacrée, de tout prêtre ou évêque.
Et que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père et le Fils et le Saint Esprit. Amen.
Seigneur donne-leur le repos éternel et que brille à leurs yeux la lumière sans déclin. Qu’ils reposent en paix. Amen.
+Jacques Danka LONGA
Évêque de Kara
[1] Recherche sur le net.
[2] Cf. Mgr Jacques LONGA, homélie du jeudi 7 mai 2026 au Centre Pastoral Mgr BAKPESSI, chapelle S. Paul.
